Les vallées de nos îles présentent une grande diversité en termes de morphologie, des grandes vallées ouvertes aux cours d’eaux importants et aux affluents nombreux, aux petites vallées encaissées au sein desquelles serpentent les rivières, parfois éphémères, franchissant bien souvent des ruptures de dénivelés importantes rendant leur exploration ardue aux randonneurs et autres amoureux de la nature.

En se promenant en vallée, le randonneur lambda pourra s’émerveiller des différentes formations végétales qui s’y sont développées, des différents arrangements rencontrés et de la façon dont ces ensembles s’agencent dans l’espace.

Les différentes plantes de nos vallées croissent et se multiplient aux endroits qui leurs sont favorables, en accord avec leurs préférences en termes d’humidité, de température, d’exposition, de sol, …. Elles forment, avec les plantes partageant les mêmes préférences écologiques, des ensembles cohérents ordonnés dans l’espace selon des facteurs aussi divers que la distance à l’océan, la distance au cours d’eau et l’élévation.

Les estuaires sont des frontières entre les mondes marin et aquatique. Ils présentent une végétation adaptée aux embruns salins. Le matie tahatai, grand habitué de la zone, forme des pelouses, comme posées sur l’eau, tandis que sur la terre ferme, les divers pohue miti et pipi tahatai colonisent les plages de sables. Une formation arborée occupe bien souvent le haut de la dune de sable, la forêt littorale, dominée habituellement par des grands hotu, tāmanu, et quelques tou et miro. Légèrement en retrait, la forêt dite supralittorale prend le relais et annonce l’entrée en vallée.

En remontant vers l’amont, les berges des rivières s’étoffent d’espèces végétales. La ripisylve, terme générique utilisé de par le monde, est une forêt associée à l’eau, dominée dans nos îles par le pūrau. Les racines baignant dans l’eau et formant des entrelacs insensés, la forêt de pūrau présente un sous-bois riche en espèces diverses, fonction de la distance au cours d’eau. Le àvapuhi, cette grande zingibéracée indigène, lui est fréquemment associée ; elle s’y développe en effet allègrement, à proximité de la rivière.

Le pūrau domine en vallée, il occupe l’ensemble du bassin versant, des berges aux flancs, de l’aval à l’amont, plus dense par endroit, plus aéré à certains autres, en mélange avec d’autres essences ou non. On y retrouve fréquemment les petits arbres indigènes toroèà, le cousin du café, et mōrī, seul représentant de la famille des palétuviers se développant en montagne, aisément reconnaissable à ses racines adventives ; des hītoà, puruhi et haapape endémiques aux fleurs blanches détonant dans le sous-bois ; des pelouses à òfeòfe, toatoa ou tohetupou, dont les petites baies rouges tapissent le sol ; des ensembles à reà moeruru, cette plante introduite par les premiers polynésiens aux inflorescences parfumées encore utilisées de nos jours comme shampoing ; ou encore ce cortège d’orchidées terrestres dressant fièrement leurs inflorescences blanches, jaunes ou mauves, mais dont les noms sont malheureusement tombés dans l’oubli, ou rassemblées sous le nom générique de tupu, délaissées pour une flore exotique plus exubérante.

Il ne faut pas oublier de mentionner deux espèces introduites par les premiers polynésiens et devenues « patrimoniales ». Le māpē, grand arbre majestueux aisément reconnaissable à ses impressionnant contreforts, colonise les bords des cours d’eau comme les fonds de vallée. Son sous-bois, sombre du fait de son feuillage dense, est peu diversifié en espèces si ce n’est en fougère. Le òfe fait partie du paysage polynésien ; ses usages sont multiples, il n’en sera pas fait mention ici. Formant des ensembles relativement denses, il est repérable de loin, des tâches claires, grégaires dans la végétation environnante.

En mélange ou flanquant la forêt de pūrau, les débuts de pentes sont le domaine des mara et âpape, grands arbres indigènes aux ports imposants. Les nahe, grandes fougères terrestres indigènes, se font plus communes dans le sous-bois tout comme les fara pepe. Cette Pandanacée lianescente dont les racines adventives étaient utilisées autrefois dans la fabrication de nasses, tapissent les pentes et mato usuellement ; le rōâ, petit arbre aux feuilles à revers argentés, connu pour son écorce qui servait au tressage des cordes, apparait également et occupe les espaces un peu plus ensoleillés, tandis que son cousin, le vairoà, semble moins regardant quant à la lumière. Étendant leur canopée à l’aide de multiples troncs, les ôrā sont également présents, centenaires impassibles.

Les plantes épiphytes ne sont pas en reste. Profitant de cette atmosphère humide pour croître paisiblement, les orchidées et fougères sont reines. Ôàha, māve, rimarima, àraìfaa, rīpene, tiàtià mouà, titi, nohoau ne sont que quelques exemples de ces plantes se développant sur d’autres, rampantes, dressées, pendantes, parfois à plus de 20m de hauteur.

Au sein de cette végétation à connotation humide, les hauts de pentes et les croupes, généralement plus ouverts, sont de véritables îlots. La végétation humide y cède progressivement la place à une formation plus adaptée au milieu ensoleillé ou mieux drainé, la végétation dite mésophile. Occupant les croupes et flancs exposés, on peut y retrouver de nombreux arbres indigènes voir endémiques, tels le òfeo, dont les feuilles froissées dégagent une odeur de carotte dit-on ; le mao aux petits fruits épineux ; le puarātā et ses pompons rouges, symbole des chefs ; le pua aux longues fleurs jaunes odorantes ; le mānono et ses bouquets de fleurs blanches ; mais aussi des mahame, pine, auère, òòvao, maire et tant d’autres espèces encore.

Une forêt naturelle riche et diversifiée assure différentes fonctions : elle limite les phénomènes d’érosion et de glissement de terrain et ainsi les apports terrigènes dans l’eau ; elle stabilise les berges ; elle fournit l’habitat aux nombreuses espèces animales terrestres (insectes, reptiles, mollusques, oiseaux) mais aussi aquatiques (racines et couvert de la ripisylve) ; tel un château d’eau, elle régule les flux d’eau à l’échelle du bassin versant. Ces nombreux services rendus par cet écosystème original sont mis à mal à l’heure actuelle par les activités d’ordre anthropique – déforestation intempestive, terrassement, incendies (…) – et l’impact de plantes envahissantes (miconia, tulipier du Gabon, àti popaa, faux-framboisier, …).

Nos vallées sont riches de leurs espèces végétales, elles présentent une végétation originale et diversifiée qui rend bien des services à l’homme, un patrimoine naturel qu’il convient de conserver.